Boys & Girls - Alabama Shakes
Et si pour une fois la comparaison n’était pas futile ? A chaque fois qu’une chanteuse avec une voix un peu blues-rock et rocailleuse apparait dans le secteur on ressort du placard le fantôme de Janis Joplin. Oui il y a un peu de ça, mais sans doute faudrait-il aussi aller regarder du côté d’Aretha Franklin ou de Tina Turner (jeune) lorsqu’on entend pour la première fois Brittany Howard, la chanteuse des Alabama Shakes. On détecte immédiatement un potentiel à la Amy Winehouse, espérons pour elle que Brittany saura se tenir éloignée des bouteilles et des pilules. Si l’atmosphère est très chaude du côté d’Athènes ces derniers mois, que dire alors d’Athens en Alabama d’où est issu ce quatuor qui, n’en doutons pas, vient à la fois de donner un sacré coup de frais à la scène musicale, et risque de provoquer une vague de chaleur sans précédent avec son rock’n’soul. Avec le premier album des Alabama Shakes, Boys & Girls, un baby-boom est à craindre pour l’année 2013.
Le groupe à commencer à écumer les scènes de l’Alabama en jouant des reprises de Led Zeppelin, James Brown, AC/DC, Otis Redding (dont l’influence est évidente à l’écoute de l’album) et leurs propres compositions. Petit à petit le groupe fit parler de plus en plus de lui, et à la suite d’un concert à New York, les Alabama Shakes sont entrés dans la lumière. Ils enregistrèrent alors leur premier album à Nashville, commencèrent à tourner dans les festivals et firent même la première partie de Jack White (basé lui aussi à Nashville), on parle même de futures collaborations entre White et les Alabama Shakes.
L’album s’ouvre avec le single Hold On qui nous montre d’entrée de jeu ce que Miss Howard est capable de faire. I Found You ressemble à s’y méprendre à un excellent morceau soul des années 60, Hang Loose est dans la même veine. Départ impeccable. On a droit aux slows langoureux avec You Ain’t Alone et Heartbreaker qui feront monter la température de quelques dizaines de degrés lors des soirées d’été. Messieurs, ce sont deux pièges à gonzesses ces morceaux, vous m’en direz des nouvelles. Mais cet album ne fait pas que dans la guimauve de haut niveau. On peut se déhancher gentiment sur Rise to The Sun et Be Mine simples mais efficaces, c’est d’ailleurs la marque de fabrique de cet album. C’est du classique, sans fioriture, ni démonstration de technique. Basique dans le très bon sens du terme. Les Alabama Shakes ne cherchent pas à impressionner, à être innovants à tout prix mais juste à faire la musique qu’ils aiment. On espère qu’ils continueront à poursuivre dans cette voie.
A peine une semaine après sa sortie au Royaume Uni, Boys & Girls, dont bizarrement la chanson titre est sans doute la moins réussie, se classait déjà à la 3ème place des charts. Alabama Shakes risque fort d’être le groupe de l’année. Vous ne pourrez pas dire qu’on ne vous avez pas prévenus. Les Alabama Shakes seront aux Eurockéennes de Belfort le 1er Juillet et le 13 au Musilac Open Air festival d’Aix Les Bains. Si vous êtes dans le coin, ce serait vraiment dommage de passer à côté.
Verdict : (Very) Hot stuff
Boys & Girls, par les Alabama Shakes, chez Rough Trade Records, sorti le 9 avril 2012.
Dépression Et Des Potes
Franck (Fred Testot) a un bon boulot, partage sa vie avec une superbe danseuse brésilienne, et passe des vacances à l’Ile Maurice. Oui mais voilà, ça ne lui va pas. D’ailleurs rien ne va. Franck est entré en dépression. La femme de Benoît (Arié Elmaleh) vient d’accoucher et c’est l’occasion de reformer le quatuor infernal complété par William (Jonathan Lambert) et Romain (Ary Abittan). Tout à la joie de se retrouver, ils en profitent pour faire le point sur leurs vies respectives et s’aperçoivent finalement que Franck n’est pas le seul à souffrir de dépression.
Bon buddy movie à la française, Dépression Et Des Potes, aborde le thème de la crise de la quarantaine tout en légèreté, offre plusieurs situations franchement comiques et distille quelques répliques qui font mouche. Mention très spéciale à la scène où Fred Testot se réveille aux côtés de Jonathan Lambert. Les quatre héros du film se rendent compte que, malgré les apparences de réussite sociale ou conjugale, il leur manque quelque chose pour être heureux. Les idéaux ou rêves de jeunesse ont été écartés, oubliés mais ce qui a été enfoui finit toujours par ressortir. La morale de cette histoire, qui évidement finit bien, est que chacun peut avoir droit à sa part de bonheur à condition d’y mettre du sien. Pas le film de l’année, Dépression et des Potes risque de ne pas laisser un souvenir impérissable dans votre mémoire cinématographique c’est évident, mais si le but premier visé par l’équipe de film est de nous proposer un bon petit divertissement, et je pense que c’est le cas, la mission est remplie avec succès. Dépression Et Des Potes parlera tout particulièrement aux mâles de 35-45 ans et, ce qui ne gâche rien, le choix des chansons accompagnant l’histoire est très pertinent.
Verdict : Rire de crise.
Dépression Et Des Potes, réalisé par Arnaud Lemort, avec Fred Testot, Jonathan Lambert, Arié Elmaleh, Ary Abittan, sorti le 2 mai 2012.
Blunderbuss - Jack White
John Anthony Gillis a toutes les chances de finir assez rapidement au Rock and Roll Hall of Fame, sorte de Panthéon du Rock. Enfin il n’y rentrera pas sous ce nom là. Car ce compositeur de génie, batteur, pianiste, guitariste et chanteur est plus connu sous le pseudonyme de Jack White. Figure de proue du duo formé avec sa fausse sœur mais vraie ex-femme Meg White, les White Stripes pour les incultes, puis présumé leader des Raconteurs et des Dead Weather, revoilà notre homme avec son premier album solo Blunderbuss.
Un an après la séparation définitive des White Stripes, à moins d’une banqueroute financière, Jack White était attendu avec cet album par tous les fans du meilleur groupe de ce début de millénaire. Oui mais voilà, si vous vous attendiez à entendre la suite d’Icky Thump, vous faîtes fausse route. Premier signe de rupture avec le passé, la charte graphique de Blunderbuss. Les White Stripes avaient adopté le rouge, le blanc et le noir comme couleurs exclusives, Jack White fait désormais dans le bleu. C’est ce qu’on appelle faire souffler le chaud et froid sur son public. A noter que sur la pochette on ne prend même pas la peine de faire figurer ni le nom de l’artiste ni le titre de l’album. Deuxièmement le premier single extrait de Blunderbuss, Love Interruption, sorti 2 mois et demi avant l’album, fait plutôt dans l’unplugged avec une guitare acoustique, deux clarinettes, et quand même un piano électrique. Nous sommes bien loin des riffs d’Elephant. Et c’est ça qui peut choquer à la première écoute de Blunderbuss : où sont passées les guitares électriques ? Sur les 13 chansons que composent cet album, on ne les retrouve principalement que sur Sixteen Saltines (qui sonne vraiment comme du White Stripes), sur I’m Shaking (qui est une reprise d’un titre de al find es années 50) et sur le surprenant Freedom At 21, qui est une sorte de rock matinée d’une pointe de trip hop avec ce second beat dans le fond à droite, où Jack White pose parfois un flow très R’n’B. Pour le reste Jack White distille un rock aux influences très américaines, blues et country en tête, où le piano est quasiment constamment sur le devant de la scène. Piano bastringue (Trash Toungue Talker ou Hip (Eponymous) Poor Boy), lorgnant même parfois vers le jazz, comme sur l’intro d’I Should Go To Sleep ou sur le titre qui clôt l’album Take Me With You When You Go, Jack White délaisse l’instrument qui l’a mené au firmament pour revenir à quelque chose de plus traditionnel.
Blunderbuss n’est pas le coup de tromblon attendu, mais ce disque recèle quelques très bons morceaux, la chanson titre en tête. Passée la déception de la première écoute, car on voulait des riffs, de la sueur, du blues, du rock à l’ancienne, on se laisse prendre par le charme de cet album aux sonorités fleurant bon le terroir musical américain. A voir ce que donnera ce nouvel épisode de la carrière de Jack White sur scène lors de ses passages en France. Il sera aux Eurockéennes de Belford le 1er Juillet et à l’Olympia les 2 et 3 juillet (j’assisterai au deuxième show).
Verdict : Oh la belle bleue
Blunderbuss, de Jack White, Third Man / XL recording, sorti le 23 avril 2012.
The times they are not changing
J’ai voté François Bayrou au premier tour. Pas que le bonhomme me fasse particulièrement rêver ni que j’imagine qu’avec lui tout ira mieux demain. Non du tout. J’ai bien conscience que rien ne se réglera d’un claquement de doigts. Mais disons que le concept de réunir les personnes de qualité et de bonne volonté, de droite comme de gauche, pour constituer un gouvernement d’union nationale me semble être la meilleure solution. Je ne dis pas que c’est la bonne, ni même que c’est la vérité absolue. Non c’est juste mon point de vue. Je ne sais pas ce que François Bayrou va dire après le débat d’hier soir (que je n’ai pas regardé), de toutes façons je sais déjà ce que je vais faire au second tour.
Rien dans ce pays ne pourra changer, d’une part tant que les mentalités des gens ne changeront pas, et d’autre part parce que le Monde est devenu un grand village. Il faut se faire une raison : la France ne fait plus le poids économiquement pour tracer le destin de la planète. Alors certes nous sommes encore la cinquième ou sixième puissance économique mais seuls nous sommes des nains à côté des Etats-unis ou de la Chine. Bientôt des pays comme le Brésil ou l’Inde nous dépasseront dans ce classement. Par contre l’Union Européenne dans son ensemble peut rivaliser avec les deux grandes puissances que sont les Chinois et les Américains. Quoi que veuillent en dire certains candidats, oui, la Finance dirige le monde. Jamais personne n’a pu lutter contre le pouvoir de l’argent.
Venons-en au peuple français. Nous sommes un peuple de râleurs (et en cela on peut donc affirmer que je suis un Français moyen), de contestataires, de réactionnaires et d’arrogants. Râleurs, car quoi qu’il arrive il faut qu’on se plaigne. Contestataires, car quoi qu’il soit décidé nous sommes contre. Réactionnaires, car il ne faut surtout rien changer sinon ce sont immédiatement grèves et manifestations. Ce qui est contradictoire avec le fait de toujours se plaindre que ça ne va pas. Arrogants car si l’autre pense différemment c’est forcément qu’il a tort (bon moi j’ai toujours raison ce n’est pas pareil). Prenons la politique, au hasard. Si vous êtes un électeur de gauche, celui qui votera à droite sera considéré comme un gros con de fasciste. Si vous êtes un électeur de droite, celui qui votera à gauche sera considéré comme un feignant laxiste et irresponsable. J’exagère à peine. Quand à l’électeur du centre il est qualifié par les deux camps de mou du genou au premier tour, et de très sympathique au second. Bien sûr je fais des généralités, je sais très bien qu’on peut tout à fait dialoguer sereinement avec des gens d’autres camps politiques sans que ça tourne à l’émeute. Oui mais voilà, ce qu’on entend le plus fort ce sont ceux qui sont le plus obtus à la discussion. Et d’ailleurs ce sont grâce à eux (ou plutôt à cause d’eux en l’occurrence) que j’ai fait mon choix définitif pour dimanche prochain.
Le score du Front National ne m’a pas surpris outre mesure. Il faudrait être aveugle et sourd pour ne pas se rendre compte que dans ce pays il y a un fond persistant de racisme et de xénophobie. Loin de moi l’idée de désigner un coupable politique. Sous Mitterrand, Le Pen est passé de 1 % à 14 %, avec Jospin au pouvoir on a eu le 21 avril 2002. Certains membres du gouvernement sortant ont fait des déclarations pour le moins malheureuses, et n’oublions pas le fameux « bruit et odeur » de Chirac. Le vote d’extrême droite s’est dédiabolisé ces dernières années, d’ailleurs beaucoup d’électeurs traditionnellement de gauche de mon entourage ont sans doute basculé du côté obscur de la Force. Notre société va mal. La faute à la crise économique sans doute, mais de mon point de vue, c’est surtout une crise intellectuelle. Nous ne semblons plus capables de réfléchir deux minutes, nous ne sommes plus capables de comprendre le fonctionnement de tout ce qui nous entoure. Les Français sont déçus de la classe politique dans son ensemble et de plus en plus de gens sont en train de penser que la Droite et la Gauche ont failli, alors autant essayer autre chose, suivez mon regard.
Encore une fois tout passe par l’Education, ou plutôt l’Instruction. Malheureusement ce n’est plus le niveau de compétence de nos écoliers qui priment mais le taux de réussite au bac. Et pour augmenter ce chiffre on n’a rien trouvé mieux que d’abaisser le niveau d’exigence. D’autre part un lycéen moins bien formé deviendra sans aucun doute un électeur plus facile à berner. La dernière mesure supprimant l’Histoire – géo en Terminale Scientifique illustre parfaitement cet état d’esprit. Karl Marx ne disait-il pas : « Celui qui ne connaît pas son histoire est condamné à la revivre » ? Comme quoi on peut voter centre-droit et citer Marx.
Quoi qu’il arrive dimanche, rien d’extraordinaire n’arrivera ensuite. Bien sûr le soir même les rues seront sans doute envahies de gens fêtant le nouveau président (je ne pense pas que ce soit la liesse populaire si Nicolas Sarkozy est réélu). Mais, passées les vacances d’été passées, la France redeviendra la France, avec son train-train quotidien, ses gens qui crèveront dans la rue, les gens du voyage que personne ne voudra voir s’installer près de chez soi, ces jeunes qui feront toujours peur aux vieux, ces étrangers (réels ou d’apparence comme dirait l’autre) qu’on trouvera trop nombreux, et tous ces politiciens que les gens trouveront incapables ou malhonnêtes, on se plaindra de devoir aller travailler, de la pluie, de la chaleur, et on continuera d’acheter Made In China parce que c’est moins cher. Par contre réjouissons nous de vivre dans une démocratie, dans laquelle l’alternance politique n’est pas synonyme de guerre civile, d’émeutes et de destruction.
Jusqu’ici tout va bien…
1974 (2ème partie)
De retour en l’an de grâce 1974 avec un groupe de cinq jeunes gens qui sortaient leur deuxième album. Plus tout à fait des débutants, avec le LP Get Your Wings et le single Same Old Song And Dance, le groupe de Boston avait sans doute le désir de voir sa carrière prendre son envol. On peut dire que ça a marché puisque près de 40 ans plus tard, les fans d’Aerosmith, puisque c’est d’eux dont il s’agit, attendent le 15ème album de leur groupe favori qui devrait sortir en juin.
On continue encore avec des perdreaux de l’année, Bad Company, même si ce combo est en fait un supergroupe. Composé de deux membres de Free, du guitariste de Moot The Hoople et du bassiste de King Crimson, le tout managé par Peter Grant, le colosse régentant la maison Led Zeppelin, Bad Company démarre en fanfare avec l’album Bad Company d’où est tiré le single Bad Company. Oui je vous l’accorde ils ne se sont pas foulés sur ce coup là.
Après avoir rencontré Bob Marley en Jamaïque l’année précédente, Eric Clapton reprenait I Shot The Sheriff. Gros carton (numéro 1 aux USA) et le reggae était enfin découvert par le grand public. Mais en 1974, Bob Marley c’est surtout l’album Natty Dread et le standard ultime No Woman No Cry.
Genesis est, à la base, un des plus grands groupes de rock progressif. A cette époque il y avait en son sein Phil Collins à la batterie et Peter Gabriel au chant. L’époque est aux concept-albums, et en 1974 le rock-prog est à son apogée. L’année précédente Pink Floyd sortait The Dark Side Of The Moon, Genesis n’est alors pas en reste avec le double album The Lamb Lies Down On Broadway (et son single éponyme). Ce double album est le dernier avec Peter Gabriel aux manettes.
Tout ce que touchait Stevie Wonder au début des années 70 se transformait en or. Le prodige de la Motown, qui avait sorti son premier album à l’âge de 12 ans seulement, publie en 1974 l’album Fulfillingness’ First Finale avec ce Smile Please en ouverture. Dîtes cheese, je veux voir que des sourires sur la photo de groupe. Allez faîtes un effort, c’est quand même bientôt mon anniversaire quoi !
1974 (1ère partie)
Cette année-là, en France, le Président de la République mourait. Aux Etats Unis, le Président était contraint à la démission. Cette année-là les Ramones donnaient leur premier concert au CBGB’s, ABBA remportait le concours de l’Eurovision, la grenouille de Roger Glover envahissait les écrans d’Antenne 2 pendant les « interruptions de programmes indépendantes de [leur] volonté ». Cette année là Emmanuelle et les Valseuses choquaient le bourgeois, l’Allemagne de Franz Beckenbauer et Gerd Muller redevenait championne du monde. Cette année-là disparaissaient Marcel Pagnol, Dizzie Gillepsie, Charles Lindbergh, Francis Blanche. Cette année là naissaient Alanis Morissette, Meg White, Victoria Beckham, Doc Gynéco, Mazarine Pingeaud, and last but not least, votre serviteur.
A partir de 1986 les campagnes de pub Levi’s étaient toujours accompagnées de vieux standards du rock ou de la soul. Très bonne initiative car les ventes des produits de la marque se sont avérées florissantes. En 1990 c’est The Joker du Steve Miller Band qui fut choisie, et à cette occasion ce single, qui était numéro un aux USA seize ans auparavant, s’est hissé à nouveau à la tête des charts.
Dans les années 70, Elton John représentait à lui tout seul 2% de l’industrie mondiale du disque. Au faîte de sa gloire il publiait Goodbye Yellow Brick Road en 1973, et en février 1974 sortait le single Bennie And The Jets, et pour la deuxième fois il atteignait la première place des charts américains.
La canadienne Joni Mitchell est surtout connue de ce côté ci de l’Atlantique pour son Big Yellow Taxi, pourtant Help Me, premier single de l’album Court And Spark, est la seule chanson de la grande chanteuse folk à avoir atteint le Top 10. Prince fait référence à cette chanson dans sa Ballad Of Dorothy Parker.
Neil Young et Joni Mitchell étaient très proche, la transition est toute trouvée pour le morceau suivant. En 1974, après une tournée épuisante, Neil Young enregistre un album que sa maison de disque refuse de publier, parce qu’elle le trouve trop sombre. Qu’à cela ne tienne, il se remet au travail et pond un nouveau disque, tout aussi noir que le précédent. Cette fois ci On The Beach atterrit dans les bacs et se referme sur cet Ambulance Blues.
Bon je sens qu’il faut un peu revitaliser cette play-list. Allez hop, on se met un riff de guitare impeccable et inoxydable, on enfile nos vieilles fringues immettables et on se trémousse sur l’incontournable Rebel Rebel du sieur David Bowie.
Un petit Stones pour finir cette première partie ? D’accord. En 1974 une époque s’achève au sein du groupe : It’s Only Rock And Roll est le dernier album enregistré avec Mick Taylor à la guitare. La meilleure période des Rolling Stones s’achève avec le départ de ce jeune virtuose humilié régulièrement par ses deux plus célèbres collègues de boulot. La dernière grande contribution de Mick Taylor est sans aucun doute le solo stratosphérique qu’il accomplit sur Time Waits For No One.
Race
Charles Strickland, un riche homme Blanc est accusé d’avoir violé une Noire dans une chambre d’hôtel. Il va demander à trois avocats, un Blanc et deux Noirs, d’assurer sa défense. Ceux-ci hésitent dans un premier temps à prendre en charge cette affaire. Ils s’en trouvent finalement techniquement obligés et vont devoir faire face à tous leurs préjugés pour défendre leur client.
Toute ressemblance avec une affaire récente et retentissante est fortuite car David Memet, l’auteur de Race, a écrit cette pièce en 2009. Mais comme parfois la réalité rejoint la fiction, on pense évidement à DSK. Race développe plusieurs thèmes très sensibles, le racisme bien sûr, les rapports sociaux (homme/femme, riches/pauvres) et également le fonctionnement de la justice. C’est une pièce américaine dans un contexte américain. Si ici, en France, le terme de race est tabou et proscrit, aux USA il est parfaitement admis, voire même revendiqué. Les personnages de la pièce parlent franchement et ne se voilent à aucun moment la face. Les Blancs et les Noirs ont des préjugés les uns sur les autres, mais ce n’est pas une pièce sur les Blancs et les Noirs. Les mêmes mécanismes s’appliqueraient à toutes sortes de communautés.
Les acteurs, Yvan Attal en tête, sont parfaits chacun dans leur rôle, l’intrigue en trois actes reposent sur quelques rebondissements mais principalement sur des discours qu’on pourrait qualifier de philosophiques. Les thèses sont présentées de façon trop un peu trop scolaire à mon goût. Alors oui d’accord, ce sont principalement des avocats (ou stagiaires) qui parlent, mais de la même manière que les commentateurs sportifs ou les présentateurs de JT ont toujours le même air lorsqu’ils exercent, on a l’impression d’être constamment devant un tribunal au cours d’une plaidoirie, alors que nous sommes dans le bureau d’un cabinet d’avocat. Hormis ce petit détail, Race est une pièce de très bonne qualité, où, bien qu’on y traite de sujets très sérieux, quelques petites pointes d’humour bien senties savent détendre une ambiance qui pourrait être pesante vus les thèmes abordés.
Verdict : Les joueurs d'échecs
Race, écrite par David Memet, avec Yvan Attal, Alex Descas, Sara Martins, Thibault de Montalembert, à la Comédie des Champs Elysées jusqu’au 13 mai 2012.
Je ne sais rien mais je dirai tout
Pendant 32 heures un assassin est resté prostré dans sa tanière à attendre que les forces de l’ordre viennent le chercher. Et ça c’est fini par un mort de plus. Pendant 32 heures la télévision nous a offert l’image, en direct et en continu, d’un journaliste tournant le dos à une rue vide, deux trois policiers pour délimiter un périmètre de sécurité, des véhicules de police et de pompiers barrant la vue. Et c’est tout. Pendant 32 heures la France fixait cette image et attendait avidement la moindre parcelle d’information de la part des journalistes. Mais il ne venait rien ou pas grand-chose. Ce qui est logique dans une telle opération en cours. La Police n’a aucun intérêt à balancer la nature de son dispositif, les actions qu’elle compte entreprendre dans les heures qui viennent, bref tout ce qui pourrait renseigner celui qu’elle traque. Alors les journalistes citaient des sources policières, des sources proches de l’enquête, des habitants du quartier confinés chez eux (tout en précisant que le RAID avait placé des grands panneaux obstruant la vue sur l’immeuble). Toutes les informations étaient alors à prendre au conditionnel, attendaient une confirmation officielle, bref les informations n’en étaient pas. Une chaîne a même annoncé à l’antenne, le mercredi après midi, que Merah avait été capturé par le RAID. Il est en fait mort le jeudi en tout début d’après midi. Evidement les autres chaînes se sont empressées de suivre le mouvement, sans omettre le conditionnel, ce qui les dédouane de toute faute professionnelle.
Pendant 32 heures les chaînes d’information en continue ont assuré le spectacle avec rien ou presque à nous dire. Certes de temps en temps il y avait une explosion ou quelques tirs sporadiques, mais pas de quoi tenir une antenne en direct pendant 32 heures. Le summum fût atteint le jeudi matin lorsque Claude Guéant déclarait que le RAID n’avait plus de nouvelles du forcené depuis 22h45. En clair, la situation n’avait plus bougé d’un pouce depuis des heures. Et pourtant les médias nous ont abreuvés d’éditions spéciales, d’experts en tous genres qui répétaient sans cesse la même chose, et en général pour dire qu’ils ne savaient pas grand-chose de Merah. Ce n’était plus de l’information mais une sorte de télé réalité, un mauvais remake du Prix du Danger, un film dans lequel un candidat de jeu télévisé devait résister à une armée de tueurs à ses trousses sous l’œil des caméras. Les journalistes postés dans cette rue déserte en étaient réduits à être des présentateurs d’un show télé morbide où était en jeu la vie d’un homme, aussi barbare soit-il, tant il n’a rapidement plus fait de doute sur l’issue de Merah. Attirés par le sensationnalisme d’un fait divers pour certains, par l’odeur du sang ou l’envie de vengeance et de justice expéditive pour d’autres, nous nous sommes tous à un moment ou à un autres laissés captiver par la télévision. Nous voulions tout voir, nous voulions tout savoir. Et on ne voyait rien, et on ne savait rien. Et pourtant on ne décrochait pas car le show continuait. Il y avait un nouvel expert à entendre, une nouvelle rumeur à apprendre, et puis ça fumait un peu dans le fond, ah on me fait signe dans l’oreillette qu’il faut retourner en direct à Toulouse parce qu’un véhicule a bougé dans la rue, le ministre va peut être faire une déclaration etc etc…
Les chaînes d’information continues ont-elles pour objectif d’informer ou de faire du show ? On savait depuis la première Guerre du Golfe qu’un conflit devait être couvert comme un spectacle pour le rendre moins agressif envers les civils, mais c’était alors du fait des gouvernements qui voulaient gérer leur propre image. On connait le cynisme et le pragmatisme dont sont capables les politiques. Là on a passé un nouveau cap dans la communication. Ce sont maintenant directement les journalistes qui mettent en scène l’information pour leur propre profit. Il s’agit uniquement d’audimat, de publicités, de course au sensationnalisme, et plus du tout du traitement pur de l’information. Puisqu’on l’a bien vu que d’information, la semaine dernière, il n’y en avait pas ou prou. Pendant 32 heures, il n’était question que de conjectures, d’immobilisme, de contradictions (sur BFM un journaliste a même osé déclarer sans vergogne « Je vous confirme ces informations contradictoires ») mais pourtant on a assisté à un show sans précédent pour un fait divers. Car oui, aussi dramatiques et aussi abjects soient ils, les crimes perpétrés par Merah ne sont que des faits divers.
On aurait pu penser que la profusion de sources d’informations nous aurait rendus plus informés. Malheureusement j’ai l’impression que pendant deux jours, les chaînes d’information étaient plus dans le domaine du divertissement que de l’information. Rendez vous après la pub pour la prochaine émotion, le prochain épisode, le prochain fait divers.
Noir c'est Noir (2ème partie)
Leadbelly est un de ces pionniers du blues qui a influencé un tas d’artistes ou de groupes par la suite et évidement a été repris des centaines de fois. Sur ce même blog on avait parlé de Where Did You Sleep Last Night ?, mais aussi de Black Betty dont la paternité lui a été attribuée même s’il ne fût pas le premier à l’avoir enregistrée. Sa version a capella datant de 1939 est très différente de celle de Ram Jam, beaucoup plus connue.
En pleine lutte pour la reconnaissance des droits civiques, James Brown écrit ce qui deviendra un des hymnes des Black Panthers à la fin des années 60 : Say It Loud (I’m Black And I’m Proud). Ce morceau reste encore aujourd’hui, au même titre que Sex Machine ou I Got You, un des standards du Parrain de la Soul.
Si Black Magic Woman a été écrit par le groupe Fleetwood Mac en 1968, cette chanson fut surtout popularisée par Santana en 1970 sur le second album du groupe Abraxas. Grace à ce titre, cet album est devenu quadruple disque de platine aux USA, rien que ça.
Dès leur premier album les quatre zigotos de Led Zeppelin faisaient l’étalage de leur talent. On y retrouve du rock et du blues bien sûr, mais aussi de la musique psychédélique et puis cet instrumental à forte sonorité indienne, Black Moutnain Side, pourtant inspiré d’une ballade folk irlandaise (ça tombe bien c’est Saint Patrick aujourd’hui).
Et puisqu’il est tard et que la nuit est tombée sur mon village, on se quitte avec Black Night de Deep Purple. Pour la petite anecdote cette chanson s’est classée numéro 2 en Angleterre, la terre natale du groupe, ce qui veut dire qu’ils n’ont jamais été numéro un avec un single dans leur propre pays. Caractéristique que Deep Purple partage entre autre avec les Who ou Radiohead.
Noir c'est noir (1ère partie)
J’avais fait une play-list sur le blanc en 2010 (ici et là), alors il me semblait naturel de devoir faire une play list black pour rétablir. Pas question de quota ni de minorités visibles mais simplement la couleur noire, celle des blousons de nos rockers préférés. On commence la première partie avec les groupes.
Des rumeurs ont secoué le landerneau du Rock and Roll. Ozzy Osbourne annonçait que Black Sabbath allait se reformer pour un album et une tournée. Mais Sœur Anne ne voyant toujours rien venir, on est obligé de réécouter les grands classiques comme ce Paranoid qui date de 1970.
On ne présente plus Noir Désir, le groupe bordelais, porte drapeau du rock à la française dans les années 90, dissous dans les circonstances que l’on connaît. En 1992, soit huit ans avant une midinette corse musicalement aussi indigeste que sa plastique est appétissante, c’est dire, Noir Des’ empruntait le prénom de l’héroïne de Nabokov, et sortait Lolita Nie En Bloc.
Si Téléphone écrasait tout le paysage rock auprès du grand public dans les années 80, il y avait d’autres groupes qui rencontraient un vrai succès auprès de la scène alternative. Et au premier rang de ceux là on trouvait les Bérurier Noir. Parmi leurs chansons restées le plus à la postérité on trouve Salut A Toi, avec son riff hypnotique et ses paroles débitées tel un mantra libertaire.
Après les années new-wave pleines de synthé et avant l’arrivée du grunge, certains ont eu la bonne idée de remettre au goût du jour le bon vieux rock and roll old school. Un certain Lenny Kravitz, à qui on reproche de n’être qu’un pompeur patenté des glorieux anciens, a déboulé en utilisant les bonnes vieilles recettes. Mais il n’était pas seul. Les frères Robinson et leurs acolytes, plus connus sous le sobriquet des Black Crowes devinrent de vraies stars aux USA, dont ils sont originaires et gardent aujourd’hui une grande renommée, à tel point qu’un certain Jimmy Page n’a pas hésité à partir en tournée avec eux en 2000. C’est avec Sting Me qu’ils se sont fait connaître de ce côté-ci de l’Atlantique.
Ce sont les nouveaux chouchous de la scène rock. Qui ça ? Les Black Keys bien sûr. Vous n’avez pas pu échapper à Lonely Boy, qui est devenu la musique d’un spot de pub. Mais ce duo n’est pas sorti de nulle part, El Camino, salué par toute la profession est le septième album du groupe. J’ai jeté mes deux oreilles sur le précédent Brothers et j’aurais pu vous sélectionner Black Mud, mais j’ai préféré She’s Long Gone.
Black Rebel Motorcycle Club, BRMC pour les intimes, et les feignants, est un groupe américain qui s’est nommé ainsi en hommage à Marlon Brando dans L’Equipée Sauvage. Pour finir cette première partie voici une des chansons préférées de Steve Van Zandt, Silvio Dante dans les Sopranos et accessoirement guitariste de Springsteen, Whatever Happened To My Rock N’Roll (Punk Song).










