Dans la série «ce n’est pas parce qu’on n’y connaît rien qu’il ne faut pas l’ouvrir», Monsieur Masson, sénateur, avait pris de l’avance en voulant légiférer à propos de l’anonymat sur Internet. Mais Rama Yade ne s’en est pas laissée compter et s’est indignée du luxe de l’hôtel de l’Equipe de France pour la Coupe du Monde en Afrique du Sud.

« Je n'aurais pas choisi cet hôtel personnellement (...) J'avais appelé les instances du football à la décence (…) En temps de crise, il faut y penser. (…)Si la France va très loin, le choix d'un site proposant les meilleures conditions d'entraînement peut paraître judicieux (...) Par contre si les résultats ne sont pas à la hauteur de nos attentes, la fédération et les instances du football devront s'en expliquer ».

Il est où le problème ? C’est la crise certes, mais la faute à qui ? Au foot et à ses vedettes ou à ceux qui dirigent cette société (les gouvernements et ceux qui détiennent les cordons de la Bourse) ? Si, pour l’instant, il y a un secteur qui ne connaît pas la crise, c’est justement le sport de très haut niveau qui fonctionne, il faut le rappeler, à une très grande majorité avec des capitaux privés. Rama Yade s’inquiète-t-elle pour l’argent des contribuables ? Intention très louable, mais sans faire de procès d’intention à la Secrétaire d’Etat, quand elle se déplace en France ou à l’étranger, elle fait du stop et descend dans les auberges de jeunesse? J’ai cherché un peu sur le site de la FFF, du ministère du Budget, et du Secrétariat d’Etat aux Sports la dotation annuelle que l’Etat verse au football français. Je n’ai rien trouvé, mais j’ai sans doute mal cherché et je n’ai jamais compris un document comptable. Par contre le Journal du Net, le 24 septembre 2008, annonçait le chiffre de 3.11 millions d’Euros. Cette subvention a surtout pour objectif d’aider le football amateur et ses 2 millions de licenciés. A titre de comparaison, l’Orchestre de Paris (qui profite à énormément moins de monde que les fédérations sportives) touche 8.2 millions d’Euros, la fédération de handball 3.5 millions, la fédération de ski 3.23 millions. Alors attention 3 millions d’Euros c’est de l’argent, j’en conviens, mais à comparer avec les 204.9 millions de recettes de la FFF en 2009 c’est peanuts. Une dernière chose, Noël Le Graët, vice président de la FFF, rappelait au mois de décembre, au cours de l’Assemblée Fédérale, que tout le football professionnel français rapportait 600 millions d’euros à l’Etat par le biais des recettes fiscales. Trois millions d’un côté, six cents de l’autre…

Trop cher l’hôtel des Bleus ? À près de 600 euros la nuit en moyenne, ça fait une sacrée somme à l’arrivée. Oui mais voilà, la FIFA, organisatrice de l’épreuve et très lucrative entreprise, rétribue chacune des équipes participant au tournoi. Un million de dollars au titre des coûts de préparation et on rajoute sept autre millions pour les équipes éliminées au premier tour. Plus une nation fait un bon parcours, plus elle engrange de la monnaie. La fédération des futurs champions du monde touchera 30 millions de dollars et avec les rentrées publicitaires qui suivront ensuite, ça fait un beau pactole. Largement de quoi financer un palace pour une quarantaine de personnes pendant six semaines, non ?

Dernier argument de Rama Yade : le choix d’installation de haut de gamme ne se justifie que si le résultat est à la hauteur des espérances des Français (et surtout de son gouvernement qui souhaite profiter d’un effet 98). On peut aussi arguer que ce n’est pas en s’entraînant sur un champ de patates avec des ballons dégonflés, et en dormant dans un Formule 1 le long d’une voie de chemin de fer qu’on a le plus de chance de gagner la coupe du Monde. Est-ce que les politiques s’expliquent quand ils n’arrivent pas à gérer un pays ? Pourtant ils travaillent dans d’excellentes conditions.

Belle sortie médiatique de Rama Yade qui s’est pris une sympathique volée de bois vert de toute part. Deux jours après, elle affirmait son soutien inconditionnel à ces sales petits cons trop payés qui font le tour du monde dans des hôtels de luxe. On me souffle dans l’oreillette qu’elle a rectifié il fallait lire « à l’équipe de France » pardon. Les premiers intéressés, les joueurs, ont eu la réaction qui s’imposait. Ils ne sont pas du tout touchés par les propos de Rama Yade, ironisant même sur le fait que la Secrétaire d’Etat découvre des pratiques qui ont cours depuis longtemps. Bref, ce qu’il y a de bien avec le sport en général, et le foot en particulier, il en est de même avec la politique remarquez bien, c’est que tout le monde a un avis forcément pertinent sur la question. On s’aperçoit surtout que le pilier de comptoir n’est pas nécessairement plus con que l’homme (ou la femme en l’occurrence) politique. Et ça fout les jetons quand même.

Pour finir, et parce que ma benjamine adore ça, bon ok moi aussi, un autre football est possible :