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     Les affaires sont les affaires, ce n’est pas Sir Mick Jagger qui me contredira. Noël approche et il faut bien trouver des idées de cadeaux. Alors les maisons de disques ressortent des coffrets, des vidéos de concerts  et des rééditions d’albums pour alimenter le marché. Les alibis de la remasterisation et la présence de douze inédits ne sont là que pour pousser l’amateur à recasquer pour un produit qu’il a déjà acheté dans le passé. Et tant qu’ils trouveront des couillons pour payer, il n’y a aucune raison d’arrêter cette façon de faire. Bon, d’accord, quand il s’agit des Rolling Stones je suis un couillon. Je le sais, mais bon que voulez vous, j’arrive quand même à me contenter de couillonnades à bas prix. Oui parce que bizarrement la réédition de Some Girls accompagné d’un CD d’inédits coûte le même prix que la version originale de l’album. L’année dernière c’est Exile On Main St. qui avait eu l’honneur de la réédition, ainsi que d’un documentaire présenté dans quelques grands festivals de cinéma. OK, le CD d’inédits était une arnaque totale puisque les titres ne datent pas de l’enregistrement d’Exile mais ont été retravaillés récemment en studio, passons. Nul doute qu’avec le cinquantenaire du groupe l’année prochaine d’autres rééditions du même genre vont fleurir dans les bacs. Et je ne vous raconte pas le bordel que ce sera quand Mick ou Keith vont calancher. A côté les ayants droits de Bob Marley et Jimi Hendrix, avec leurs inédits annuels vont passer pour des petits joueurs.

     J’ai tendance à penser que si un artiste, ou un groupe, ayant une carrière assez conséquente n’a pas daigné mettre une chanson sur un album officiel, c’est qu’il n’a pas jugé que ce titre méritait d’y figurer. Mais, vous savez ce que c’est, quand on est fan, on considère souvent avec bienveillance tout ce que le marchand, pardon l’artiste, a entreposé dans son arrière boutique. L’album Some Girls, enregistré à Boulogne Billancourt, intervient dans une période de turbulences dans la vie des Stones. Keith Richards a de très sérieux problèmes de drogue qui pourraient l’envoyer dans une prison canadienne pour quelques années. Et si les cimetières sont remplis de gens irremplaçables, Mick Jagger sait bien que s’il a réussi à écarter Brian Jones, pour des raisons un peu similaires, et bien que ce dernier ait été le fondateur du groupe, une indisponibilité de Keith signifierait la fermeture du magasin. Alors, en attente du procès, on enregistre un maximum de chansons, histoire d’avoir plusieurs albums en réserve et de pouvoir voir venir en attendant. Some Girls, je l’ai déjà évoqué dans la chronique portant sur le dernier DVD en date, est une sorte de réponse des dinosaures au mouvement punk. Mais ce n’est pas l’album original qui nous intéresse ici, mais bien uniquement les inédits proposés dans cette réédition Deluxe de Some Girls. Petit aparté : remasterisé des albums alors que les gens écoutent désormais la musique sur un ordinateur ou sur un lecteur Mp3,  c’est donner de la confiture à des cochons. Grouik grouik.

     No Spare Parts est le single appelé à devenir la figure de proue à l’assaut des bacs à CD. Excellent choix, c’est sucré, mièvre dirons les esprits chagrins, qui pourrait être le négatif romantique de Some Girls (le morceau), toutes proportions gardées bien sûr.  On se laisse donc bercer par la voix aux accents country de Jagger et les guitares entremêlées de Keith et Ronnie, mais quelque chose nous turlupine. L’impression se confirme en écoutant le reste du CD. Ça tourne pas mal, mais il manque un truc, et puis tout ça sonne comme un air de déjà-vu. Si encore il y avait un chef d’œuvre oublié pour faire passer la pilule, mais non. Ces inédits n’apportent rien de bien nouveau, mais confirment deux choses. Primo, les Rolling Stones sont de grands bluesmen (When You’re Gone, Keep Up Blues), deuxio, il faut bien l’admettre le filon commençait à être bien tari. Les décennies suivantes ont vu sortir de la mine stonienne beaucoup plus de cailloux que de pépites. Tous ces inédits sont certes très écoutables, mais quitte à vouloir écouter la cuvée 1978 de la maison Jagger & Richards, évitez de faire soutenir la comparaison de ce CD bonus avec la version originale de Some Girls.  

 

     Verdict : Respectable mais manque d’imagination

 

     Some Girls réédition Deluxe, par les Rolling Stones, comprenant l’album original + un CD Bonus de 12 chansons, sorti le 21 novembre 2011