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    En juillet 1962 Alexis Korner, le père fondateur du blues britannique, devait jouer avec son groupe Blues Incorporated sur la scène du Marquee à Londres. Mais au même moment la BBC avait convié Korner et sa bande pour une émission de télévision. Pour ne pas se fâcher avec le propriétaire du Marquee, Korner trouva un arrangement et envoya à la place de son groupe six jeunes gens de son entourage pour le remplacer. Le 12 juillet 1962 montait sur scène pour la première fois un nouveau groupe fondé par Brian Jones, avec Mick Jagger au chant, Keith Richards à la guitare, Dick Taylor à la basse, Ian Stewart au piano et Mick Avory (futur Kinks) à la batterie. C’est l’acte de naissance des Rolling Stones, dans une forme non définitive puisque Bill Wyman et Charlie Watts manquent encore à l’appel. 50 ans, jour pour jour, après ce premier concert, c’est le moment idéal pour revenir sur l’histoire du plus grand groupe de rock du monde.

 

     Tout commence en octobre 1960 lorsque sur le quai de la gare de Dartford, dans la banlieue de Londres, Keith Richards voit Michael Phillip Jagger avec qui il est allé à l’école depuis la maternelle. Mais ce qui l’intéresse surtout ce sont les disques que portent Jagger sous le bras et notamment un best of de Muddy Waters. Attiré comme un moustique par une ampoule éclairé, Ketih le prolo engage la conversation avec Mick le fils de prof. Il se découvre alors un goût identique pour la musique et un ami commun en la personne de Dick Taylor qui joue de la guitare dans le groupe dont Mick est le chanteur. De fil en aiguille les trois jeunes gens vont s’introduire dans le cercle du Blues Incorporated dans lequel gravitent tout un tas de jeunes musiciens. Toute cette mouvance est dévouée corps et âme au blues, Muddy Waters, Chuck Berry, et tous ces musiciens noirs américains sont les idoles absolues de cette jeunesse londonienne. Jagger, Richards et Taylor vont d’abord faire la connaissance de Brian Jones, un ange blond surdoué qui épate tout son monde avec sa maîtrise de la guitare slide. Encouragé par Alexis Korner, Jones va monter son propre groupe, groupe dont la composition changera beaucoup au gré des allées et venues successives et des disponibilités de chacun. La guerre est finie depuis 15 ans, mais la vie à Londres n’est pas encore facile, et avant de jouer du blues il faut penser à gagner sa vie pour manger. Brian Jones est le leader de cette formation embryonnaire et se charge lui-même d’essayer de trouver des engagements pour son groupe. C’est également lui qui a trouvé le nom du groupe, en hommage à Muddy Waters et à sa chanson Rollin’ Stone.

 

     Peu après ce premier concert au Marquee, Dick Taylor quitte le groupe pour reprendre ses étdues. Mais quelques temps plus tard il fondera les Pretty Things. Les Rolling Stones sont donc à la recherche d’un bassiste. On leur présente Bill Wyman, un gars taciturne, pas très avenant, mais qui à l’avantage de posséder un ampli sur lequel Keith Richards peut se brancher. Et puisque pour avoir l’ampli il faut que Bill soit là, Wyman est enrôlé dans le groupe. Le poste de batteur n’est pas encore fixé, et justement il y en a un excellant qui joue au sein du Blues Incorporated, c’est Charlie Watts. Mais Charlie n’est pas très chaud pour rejoindre ce nouveau groupe. Finalement le 12 janvier 1963, l’équipe est au grand complet pour le premier concert de la formation historique des Rolling Stones: Jagger au chant, Jones et Richards à la guitare, Wyman à la basse, Watts à la batterie et Ian Stewart au piano. Les concerts s’enchaînent dans les clubs de Londres et l’audience constituée d’amaterus de blues et de rythm’n’blues, grandit à chaque fois. On y joue des grands standards américains et notamment I’M A King Bee de Slim Harpo.

 

     De quelques dizaines de spectateurs on passe rapidement à plusieurs centaines, les salles sont même souvent obligées de laisser des gens dehors. Les Beatles déferlent sur le royaume depuis Liverpool et Andrew Long Oldham, jeune publicitaire de 19 ans, rêve de trouver un groupe capable de rivaliser avec les Fab Four. Un soir il entre au Crawdaddy Club et tombe sur les Stones. Il les convaincra de devenir leur manager. Sa première décision fut de virer Ian Stewart du groupe pour cause de délit de sale gueule. Ian Stewart en bon écossais qu’il était encaissa le choc sans broncher, et resta tout de même l’homme à tout faire des Stones ainsi que leur pianiste. Il n’apparaissait pas sur les photos officielles, ne bénéficiait évidement pas des mêmes conditions financières, mais était, et restera jusqu’à sa mort le sixième Stone.

     Les Rolling Stones étaient devenus très populaires à Londres et accumulaient  les concerts. Ils ont joué 81 fois dans les clubs de la capitale entre le 12 janvier et le 12 juillet 1963. Les journaux spécialisés s’intéressent davantage  à eux, d’autant plus qu’Oldham a la bonne idée de les ériger en anti-Beatles. Les gars de Liverpool étaient de gentils garçons souriants bien propres dans leurs uniformes, les Stones seront les voyous de Londres, tirant la tronche et s’habillant à la scène comme à la ville. Et ça marche ! Les salles sont pleines, mais il faut passer à la phase supérieure, c'est-à-dire enregistrer des disques. Le 10 mai 1963, les Stones entrent en studio et moins d’un mois plus tard, Come On, une reprise de Chuck Berry, débarque chez les disquaires.

 

     Ce disque entre timidement dans les charts mais permet d’asseoir leur réputation. A tel point que quelques semaines plus tard, Lennon et McCartney offrent aux Stones un single, I Wanna Be Your Man, écrit de leurs mains en cinq dix minutes. Devant l’apparente facilité des Beatles à écrire une chanson, Jagger et  Richards ont la ferme intention de s’y mettre. Ça tombe bien leur manager Oldham, les intime de s’y mettre, car les droits d’auteur sont plus conséquents en tant qu’auteur-compositeurs qu’en tant que simple interprète. Oldham enferme Jagger et Richards dans une pièce en leur promettant de les laisser sortir quand une chanson sera écrite. Le résultat sera As Tears Goes By, qu’on cédera toutefois à Marianne Faithfull car la chanson ne correspond pas à l’image blues rock des Stones. Pourtant un an et demi plus tard les Stones l’enregistreront pour l’album December’s Children (And Everybody’s). A ce moment là, il ne le sait pas encore, Brian Jones vient de commencer à perdre le pouvoir sur le groupe qu’il a créé.

 

     La campagne de marketing savamment orchestrée par Oldham est un succès. Les Stones sont désormais dans la roue des Beatles et sont devenus l’archétype des vilains garçons. Ils ont les cheveux longs, ils sont arrogants, dédaigneux, affichent une mine sévère et refuse de porter le costume-cravate comme le font les Beatles. Les Stones ne prennent même pas la peine d’inscrire leur nom ni le titre de l’album sur leurs disques.

The Rolling Stones album

Leurs apparitions à la télévision font scandale à chaque fois, la BBC reçoit un courrier de téléspectateurs mécontents, qui les comparant à des chimpanzés sauvages, qui les intimant à aller chez le coiffeur où à prendre un bain au plus vite. Et puis comble de l’ignominie, les Stones ont affaire avec la police. L’incident est mineur, parce qu’un gérant de station service leur a refusé l’accès aux toilettes en raison de la longueur de leur cheveux, les Stones se sont soulagés contre un mur, mais il défraie la chronique et donne du grain à moudre à leurs nombreux détracteurs. Et puis on apprend que Brian Jones a laissé quelques enfants sur son passage. En 1964, alors que l’ange blond n’a que 22 ans, il devient papa pour la 4ème fois d’une 4ème femme différente. Là aussi ça fait désordre, surtout quand l’une n’avait que 14 ans au moment des faits et lorsqu’une autre était mariée. Mais ça n’empêche pas  les Stones en mars 1965 d’atteindre la 1ère place du hit parade anglais pour la seconde fois, mais la première avec une chanson signée Jagger/Richards, avec The Last Time.

 

      (à suivre)