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     La nouvelle ère qui démarre avec l’arrivée de Mick Taylor est synonyme d’accession au trône laissé vacant par la dissolution des Beatles. Mais il ne faut pas s’endormir sur ses lauriers, les Who sont toujours là, Led Zeppelin arrive en trombe, alors il ne faut pas se manquer lors de la tournée américaine de novembre 1969. 28 concerts en 3 semaines avec en point d’orgue le Madison Square Garden de New York. Cette tournée sera immortalisée par le deuxième album live des Stones : Get Yer Ya-Ya’s Out. On retrouve également quelques extraits des concerts de New York dans le documentaire Gimme Shelter relatant les évènements d’Altamont. Altamont parlons-en, justement. Les Rolling Stones n’ont pas participé à Woodstock en aout et décide de monter un grand concert gratuit le 6 décembre 1969 pour clore leur tournée américaine et par la même occasion lancer leur dernier album, sorti le 5 décembre, soit la veille du concert. Souvenez vous que le destin leur a été déjà funeste quelques mois plus tôt avec la mort de Brian Jones et la sortie du single Honkey Tonk Women. Et bien rebelote à Altamont. Le concert est organisé à la hâte, on doit changer d’endroit au dernier moment, les Stones font l’erreur de confier la sécurité aux Hells Angels locaux. Ces derniers bastonnent tous ceux qui approcheraient de trop près leurs motos. Mais ces cons là n’avaient pas trouvé plus malins que de se garer devant la scène. Ça castagne dans tous les coins, c’est la panique la plus totale au cours du concert, à tel point que les Stones sont obligés de s’arrêter plusieurs fois. Et puis, pendant Under My Thumb, à quelques mètres de la scène, Meredith Hunter, un adolescent de 18 ans, sous l’effet de la colère et de la drogue, sort un revolver de sa veste. Il n’aura pas le temps de s’en servir car il est poignardé à mort par un Angel. Le concert se termine dans une ambiance glauque et Altamont marque pour toujours la fin de l’utopie hippie et la mort des sixties. Comment s’appelait l’album des Stones sorti la veille déjà ? Let It Bleed. Faut que ça saigne…

 

     Et pourtant Let It Bleed est un disque incroyable. On y retrouve You Can’t Always Get What You Want, Gimme Shelter ou encore Love In Vain, excellente cover de Robert Johnson, mais toutes les chansons sont du même calibre. Les Rolling Stones s’autoproclament plus grand groupe de rock and roll du monde, et c’est légitime. Keith Richards est à son sommet, Mick Jagger a bien assimilé les leçons donnés par Tina Turner et, libéré de Brian Jones, se transforme en Dieu de la scène. Les Stones drainent avec eux à travers le monde un odeur de soufre et leurs fans sont déchaînés à chacune de leur apparition. Il n’est pas rare que les concerts tournent en affrontement direct avec la police, obligée d’utiliser des gaz lacrymogènes pour mettre fin aux débordements. On n’écrit pas Street Fighting Man sans en subir les conséquences. Et puis bien sûr les Stones c’est aussi une histoire de provoc. En 1971 sort Sticky Fingers. Grand disque de rock s’il en est avec Brown Sugar en tête de pont, riff imparable trouvé par Jagger pour une fois, il se fait surtout remarquer par sa pochette imaginée par Andy Warhol et sa célèbre braguette véritable. De plus c’est à l’occasion de cet album qu’on découvre le logo des Stones. Les lèvres et la langue stylisée de Jagger ont l’air de défier avec le monde avec insolence. Pour le cas où on aurait oublié que si les gentils Beatles se sont séparés, les vilains Stones sont toujours là.

 

 

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     En conflit avec le fisc britannique, les Stones s’exilent en France, plus précisément à Villefranche sur Mer.  Keith Richards loue la villa Nellcôte. Pour ajouter à la dimension satanique du groupe, mais encore une fois ce n’est que pure coïncidence, il se trouve que cette demeure était le siège de la Gestapo pendant l’Occupation. Nellcôte va devenir un lieu mythique de l’histoire du rock and roll. C’est ici que les Stones vont commencer à enregistrer Exile On Main St. dans des conditions incroyables, un double album à propos duquel tout ou presque a été dit. Décrié à sa sortie, il est pourtant devenu au fil du temps le supposé meilleur album des Stones. Nellcôte c’est le fantasme rock au stade ultime, de la musique extraordinaire, de la décadence absolue, des jeux de pouvoir, bref Exile relève quasiment autant de la mythologie que du rock and roll. Aucun hit façon Jumpin’ Jack Flash ou Brown Sugar à signaler, mais une suite de morceaux aux influences diverses qui montrent à quel point les Stones étaient avant toutes choses un groupe de musiciens. Quand on entend Ventilator Blues ou I Just Want To See His Face, nous sommes projetés 40 ans en arrière dans un recoin de la cave de la Villa Nellcôte, parmi les dieux et les démons.

  

 

     Les Stones ont atteint le sommet de la montagne, plus rien ne sera jamais comme avant. Oh certes en 1973, les Stones nous offrent le slow absolu Angie mais l’album Goat’s Head Soup, enregistré en Jamaïque, n’égale en rien les albums de la tétralogie extraordinaire débutant avec Beggars Banquet et se terminant avec Exile. Heureusement les Stones tiennent leur rang sur scène et la tournée européenne de 1973 est l’occasion pour les fans français de prendre des trains spéciaux pour Bruxelles. Après l’épisode Nellcôte, les Stones ne sont plus les bienvenus sur notre territoire, mais un concert est spécialement réservé aux Français. Le bootleg de cette Brussels Affairs est maintenant officiellement en vente sur le site des Stones.

 

 

     Mick Taylor est un virtuose, sans aucun doute un bien meilleur guitariste que Keith The Riff. Oui mais voilà, les Stones sont devenus la propriété des Glimmer Twins. Bill Wyman reste dans son coin, Charlie est le sage qu’on respecte (d’autant plus qu’il ne s’occupe que de sa batterie), Stu toujours dans l’ombre est le seul qui peut se permettre de s’opposer à Jagger et Richards  mais sans jamais oublier quelle est sa place. Taylor a beaucoup d’idées, il participe à l’écriture des chansons et sur scène ses solos font mouche. Il demande justement à ce que son travail soit reconnu, et que ses émoluments évoluent en conséquence. Au lieu de ça il ne reçoit que brimades et humiliations de la part des deux stars. Coup de tonnerre en décembre 1974, Taylor quitte le groupe deux mois après la sortie d’It’s Only Rock And Roll. Ecoutez le solo de Time Waits For No One et vous comprendrez ce que les Stones ont perdu ce jour là. L’âge d’or du groupe est définitivement terminé, les albums vont maintenant baisser d'un cran. La scène  maintiendra tout de même les Rolling Stones sur leur trône.

 

 (à suivre)