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Il faut donc trouver un successeur à Mick Taylor. Quelques guitaristes de renom sont alors auditionnés par les Stones, certains même à leur insu. Jeff Beck, déjà pressenti au moment du remplacement de Brian Jones fait partie de ceux-là, mais aussi Rory Gallagher, Peter Frampton et Shaggie Otis. Finalement lorsque Ron Wood passe le test, tout le monde convient qu’il est le candidat idéal. Il faut dire qu’il a l’avantage d’être britannique, très talentueux, issu d’un groupe à succès (les Faces avec Rod Stewart au chant), un très bon pote de Keith et sans aucun ego. D’ailleurs, et c’est assez rare pour être signalé, sur la pochette d’It’s Only Rock And Roll, Ron Wood est cité pour avoir inspiré la chanson titre. Ce qui veut dire en langage stonien qu’il l’a quasiment écrite, qu’on l’en remercie, mais qu’on ne lui refile pas les droits d’auteur pour autant. Wood n’est présenté au départ que comme remplaçant de Mick Taylor et non comme membre du groupe. Ce qu’il ne sera d’ailleurs pas officiellement avant 1989. Jusque cette date c’est un salarié des Rolling Stones. Ron Wood part avec les Stones en Amérique du Nord lors de l’été 1975.  Les Stones franchissent un nouveau cap et proposent un show complètement extravagant. Pour commencer ils convoquent les journalistes au 5ème Avenue Hotel à New York pour une conférence de presse et finalement… descendent la 5ème Avenue sur un camion gigantesque avec d’énormes amplis et jouent Brown Sugar devant une foule médusée. Lors de cette tournée ils sont les premiers à jouer dans des stades pouvant accueillir 80 000 personnes,  et comble du bon goût, un phallus géant gonflable est le clou du spectacle.

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     Les Stones ont survécu à la mort de Brian Jones, aux problèmes fiscaux, au départ de Mick Taylor, mais une épreuve encore plus délicate va se dresser devant eux. Keith Richards est dans la drogue jusqu’au cou, et plus particulièrement l’héroïne. Si en ce qui concerne le studio, Ron Wood peut s’occuper des parties de guitares de Keith, cela devient plus embarrassant sur scène. Parfois Richards s’écroule ou s’endort en plein morceau lors de la tournée européenne de 76. Et pour couronner le tout, Tara son fils de dix semaines meurt le 6 juin quelques heures avant un concert donné aux Abattoirs de la Villette. Il garde cette funèbre nouvelle pour lui et monte sur scène. Fantomatique,  par moments impassible, il ne lâche toutefois pas le manche de sa guitare lors du solo de Fool To Cry.

  

 

     Les Stones traversent une zone de graves turbulences à la fin des années 70. Keith Richards a augmenté encore sa consommation de stupéfiants, la légende raconte qu’il partait en Suisse pour se faire changer le sang, les flics du monde entier rêvent de se faire le scalp du guitariste. L’arrestation de Keith Richards dans une chambre d’hôtel remplie de drogues à Toronto est à deux doigts de signifier un détour par la case prison, et sans doute la mort du groupe. Et puis les Stones se font déborder sur leur gauche par le mouvement punk. Les Clash ne chantent-ils pas  En 1977 plus d’Elvis, plus de Beatles, plus de Rolling Stones ? La bande à Jagger fait déjà office de dinosaures et la jeune garde veut bouger l’ordre établi. Mais les Stones ont de la ressource. En sortant l’album Some Girls, ils montrent à tout le monde qu’ils sont encore dans le coup, et avec toujours les mêmes recettes : de la provoc et surtout des riffs, bien que le grand hit de cet album fut Miss You. En 1978, les Stones prouvent qu’ils sont toujours un grand groupe de rock, comme on peut le constater sur Shattered. D’ailleurs en 1980 si les dinosaures sont toujours debout, le punk est beaucoup moins fringant.

 

 

     Passés les ennuis judiciaires de Keith, les Stones entament les années 80 avec Emotional Rescue. Comme d’habitude on retrouve beaucoup de choses différentes sur ce disque qui mélange disco, reggae, rock, blues. Bien accueilli par le public, beaucoup moins par la critique, ce disque ne fut pas défendu sur scène par le groupe. Tout le contraire de Tattoo You l’année suivante. Tattoo You ça reste d’abord l’album de Start Me Up, qui est incontestablement le dernier grand hymne stonien par excellence. La tournée américaine sera gigantesque, avec trois millions de spectateurs répartis sur 50 concerts. A l’été 82 l’Europe aura droit elle aussi au barnum des Stones pour 36 dates seulement.

 

 

     Tout va bien sur le plan commercial pour les Stones. Oui mais voilà, le couple Jagger-Richards se déchire depuis des années. Jagger a la main mise sur le groupe depuis que Keith a sombré dans la drogue. Richards a surmonté sa dépendance à l’héroïne et veut revenir aux affaires au côté du chanteur.  Mick ne lâche pas prise, Keith s’entête et il en sortira Undercover of The Night et Dirty Work, deux albums à la qualité discutable dirons-nous. Si les Stones arrivent encore à enregistrer, pas question toutefois que Jagger et Richards apparaissent publiquement ensemble. Jagger a des envies de carrière en solo, il enregistre des duos avec Michael Jackson et David Bowie puis deux albums sous son propre nom. Keith déclare alors dans la presse : « Si Mick fait une tournée sans nous, je l’égorge ». Et évidement Mick fera quelques concerts au Japon, et ô sacrilège pour Keith, y chantera des chansons des Stones. Le groupe est au bord de l’implosion et ce n’est pas le clip de One Hit (To The Body) qui rassure les fans sur les relations entre Mick et Keith.

 

     En janvier 1989, les Stones sont intronisés au Rock And Roll Hall Of Fame et sont bien obligés de se retrouver pour la cérémonie. Ron Wood manigance dans l’ombre depuis quelques temps pour réconcilier les Glimmer Twins. Le travail semble porter ses fruits puisque tous les membres conviennent de se retrouver à la Barbade en mars. L’alchimie entre Jagger et Keith réapparait et voilà que pas moins de cinquante chansons sont prêtes. La rumeur enfle de plus en plus : Ils sont de retour. Les Stones signent un contrat juteux de 70 millions de dollars pour une série de 50 concerts en Amérique du Nord. Ce sera le Steel Wheels Tour, du nom du dernier album, puis l’Urban Jungle Tour pour le reste du monde. Cette longue série de 115 concerts en un an, avec cette scène gigantesque, marque le grand retour des Stones au premier plan, et devient la tournée la plus lucrative de tous les temps. Ce fut l’occasion pour les nouvelles générations de fans des Stones d’entendre en live les morceaux historique du groupe et notamment Gimme Shelter.

 

 (à suivre)