Jim-Morrison-Biographie-de-Jean-Yves-Reuzeau

Les Doors sont un des plus grands groupes de l’âge d’or du Rock and Roll, et Jim Morrison, son charismatique chanteur, l’une des trois ou quatre icônes les plus représentatives de cette musique. Après cette introduction d’une évidence confondante, que savais-je à propos du Roi Lézard? Quasiment rien ou presque. Qu’il est mort à Paris et enterré au Père Lachaise, qu’il est un des éminents membres du club des 27 et qu’il provoquait, et provoque encore, un effet semblable dans les culottes des jeunes filles qu'un gros orage dans le Sud. Mais à part ça… Alors certes  j’ai quasiment tous les albums des Doors, mais, si j’adore leur musique, je n’ai pas une culture encyclopédique de chaque titre, et je serai bien incapable d’en nommer les deux tiers en les entendant. Après avoir dévoré il y a quelques années la biographie de Janis Joplin écrite par Jean-Yves Reuzeau, j’ai voulu en savoir plus sur Jim Morrison, toujours grâce au même auteur.

Dans le premier chapitre, basé sur les vingt premières années, on comprend à peu près tout du personnage Morrison, ce qui l’anime, ce qu’il rejette et son désir d’écrire. Parce que plus qu’un chanteur exceptionnel, c’est en poète que James Douglas Morrison aurait voulu être reconnu. Son obsession jusqu’à la fin de sa vie aura été de faire publier ses poèmes, de les enregistrer, de devenir un Rimbaud ou un Oscar Wilde des temps modernes. Il y est au moins parvenu dans sa dernière demeure, puisque Wilde et Morrison sont aujourd’hui à quelques dizaines de mètres l’un de l’autre au Père Lachaise. Puis à partir de 1964, chaque chapitre se consacre à une année civile, jusqu’à la fin tragique du 3 juillet 1971.

Rien de particulier à dire sur le travail de Reuzeau, si ce n’est qu’il semble être de fort belle facture. Les sources sont nombreuses, les faits relatés avec objectivité et clarté, nous ne sommes pas là dans une hagiographie de Jim Morrison. Et finalement qu’est ce qu’il m’en est resté de la vie de Jim Morrison ? Comme tout un chacun l’enfance a forgé un homme qui vécut toujours sur la corde raide. Entre ses multiples déménagements dus aux affectations de son militaire de père, une expérience mystique qu’il pense avoir vécu à l’âge de trois-quatre ans, et une époque qui a vu la jeunesse détruire la vielle société, Morrison ne pouvait pas devenir un homme stable. Il est devenu une légende du rock, a consommé les femmes, beaucoup, l’alcool et les drogues, trop, et entre les deux écrit quelques un des hymnes de toute une époque.

Est-ce que Jim Morrison était un être extraordinaire ? Oui, évidement, si on prend le sens littéral du mot. Etait-ce quelqu’un d’exceptionnel ? Je ne crois pas. Voilà ce qui me reste après les 400 pages de cette très bonne bio. On a le sentiment d’un immense gâchis, d’un type qui manifestement avait un talent incroyable, mais qui a finalement tout gâché en passant plus de temps à se détruire (sans doute de manière sassez consciente et délibérée) qu’à créer. Parfois il ne vaut mieux pas connaître vraiment les gens qu’on admire. Mais reste la musique des Doors, le chant et le charisme de Jim Morrison, c’est finalement tout ce qui nous importe. La légende est belle, l’histoire un peu moins, mais après tout c’est aussi ça le rock.

 

Verdict : Grandeur et décadence

 

Jim Morrison, écrit par Jean-Yves Reuzeau, éditions Folio, publié en 2012