vendredi13

Ça n’a pas pu vous échapper, aujourd’hui c’est le vendredi 13. Bon même si vous ne lisez pas ce billet aujourd’hui -  ce qui est logiquement impossible puisque vous ne pouvez le lire la veille ou le lendemain du jour où vous le lisez, vous sentez que j’ai très envie de faire mon chieur – vous ne pouvez pas être passé à côté de cette information capitale. Et même si vous arriviez à fermer les yeux avant que le pop up de la Française des Jeux n’apparaisse sur votre navigateur internet, que vous n’écoutiez pas de radio française ou que vous zappiez avant le démarrage de chaque écran pub à la télé, les journalistes sont là pour vous le rappelez. En même temps, Eveline Dhéliat et ses confrères n’ayant plus le monopole de la météo, puisqu’on envoie les journalistes sur le terrain dès qu’il neige ou qu’il y a une rafale de vent, il n’y avait pas vraiment de raison pour qu’on enlève à Eveline Dhéliat le monopole de l’éphéméride. Je n’ai rien contre Evelyne Dhéliat, non du tout. Si je la cite, c’est uniquement une manœuvre éhontée pour faire de l’audience sur mon blog. Vous n’imaginez pas le nombre de types qui se pâment au moindre de ses entrechats, mesurant avec une extrême précision la longueur de ses jupes et la profondeur de ses décolletés. On n’a pas idée à quel point Evelyne Dhéliat est un symbole sexuel dans notre pays. Mais bon passons sur Evelyne. Enfin je veux dire… vous m’avez compris.

Voici donc ce qu’on pouvait voir ce matin sur ITélé. Six heures quarante du mat, on retrouve Jean-Jacques Pechu (les noms ont été changés pour préserver l’anonymat des protagonistes) en direct depuis un bistro du 8ème arrondissement de Paris, avec un micro dans la main droite et son ticket de Loto dans la main gauche. Tout ça pour nous dire qu’on est le vendredi 13 et donc qu’il y a une cagnotte de 13 millions ce soir au loto. Tu parles d’un évènement quand la cagnotte de l’Euromillions démarre à 15 pour ne cesser de grimper, pour parfois atteindre une somme dépassant le milliard de Francs. Mais là c’est une loterie bien de chez nous ma brave dame, aucune chance qu’un perfide Anglais ou un Allemand à sandales (avec chaussettes incluses) nous pique le pactole ! Comme d’habitude, à cet instant précis, je ne peux m’empêcher de penser que Jean-Jacques a dû faire des années d’études pour se retrouver à 6 heures du mat dans un bistro. Parfois je me dis que j’ai bien fait de m’être arrêté avec le bac en poche.

Deuxième réflexion, sachant que le vendredi 13 attire une population nombreuse chez les buralistes, il est fort probable qu’il y ait plus de gagnants potentiels. C’est mathématique. Donc plus de chance, ou de malchance dans ce cas, de devoir partager un éventuel gros lot. Ce qui nous amène à la stupide superstition du vendredi 13. D’ailleurs on n’a jamais vraiment su si le vendredi 13 portait chance ou malheur. Allez demander à un paraskevidékatriaphobe ce qu’il en pense, ou au capitaine du Costa Concordia, ce dernier ayant caressé de trop près un rocher un vendredi 13. Personnellement j’ai tendance à penser que le vendredi 13 est un jour aussi spécial que le mardi 25, voire même, allez j’ose le dire que le mercredi 2. Mais bon admettons que le vendredi 13 porte chance à la moitié de la population et malheur à l’autre. Pourquoi n’y a-t-il pas un joueur sur deux qui remporte la super cagnotte du loto ? Alors oui, ne pas gagner le vendredi 13 est finalement un grand bonheur. C’est tellement évident que je ne vous explique pas pourquoi. Comment ? Vous ne voyez pas pourquoi ? M‘enfin… Pourtant c’est simple. Imaginez que le vendredi 13 vous porte bonheur, vous allez tout guilleret chez votre buraliste pour jouer au Loto. Vous ressortez avec le précieux ticket et vous passez la journée à imaginer ce que vous allez faire avec tous ces millions. Le soir vous rassemblez votre famille devant le petit écran et vous regardez le tirage du Loto. Joie et félicité vous avez les 5 numéros et le numéro complémentaire. La grille parfaite ! Vous envoyez Brigitte chercher la bouteille de champagne, pendant que vous promettez à Kevin d’enfin lui acheter la toute dernière console de jeu. Toute la maisonnée, ainsi que la queue du chien, frétillent. Nancy Sinatra, la présentatrice du Loto s’appelle vraiment comme ça, va dévoiler à la France entière que le billet gagnant a été validé en bas de chez vous. Et là, stupeur et tremblements, Nancy annonce qu’il y a 6 millions de gagnants au premier rang. Chacun remporte donc la somme de 2 Euros et quelques centimes. Et oui, le vendredi treize porte bonheur aux autres aussi. Brigitte revient de la cuisine, elle s’est détachée les cheveux, ivre du bonheur de pouvoir enfin quitter son travail pour se pavaner sur un transat jusqu’à la fin des temps. Elle ne comprend pas pourquoi, la bave aux lèvres, vous convulsez, tenant un couteau, regardant fixement Kévin et le chien, en vous demandant lequel vous allez égorger en premier. Brigitte ayant la chance de vous faire régulièrement à manger, vous avez décidé avec sagesse de l’épargner du massacre qui ne saurait commencer. Déjà là c’est terrible, mais imaginez si vous n’avez ni chien, ni Kévin, ni Brigitte à portée de main (je ne suis pas sûr de l’ordre dans lequel il vaut mieux procéder les exécutions), il est fort probable que vous ne vous lanciez dans une automutilation dont on sait très bien que vos parties charnues ne résisteront pas. Non vous voyez bien que, finalement, ne pas gagner au loto le vendredi 13 est la meilleure chose qui pouvait vous arriver.

Mais nous n’en avons pas fini avec Jean-Jacques Péchu. Revenons dans notre troquet du 8ème arrondissement, Jean-Jacques finit son intervention en promettant à Michel et Florence en studio que s’il empochait la super cagnotte, il démissionnait immédiatement pour partir sur une île déserte. Michel et Florence, plus expérimentés, ont immédiatement interpellés leur direction pour affirmer avec force, que même craqués de thune ils se lèveraient à trois heures du matin pour venir assurer le journal de cinq heures. Bah voyons. Mais bon au moins ils évitent la grosse gaffe de Jean-Jacques, qui ayant sans doute dû se farcir la tournée du patron, ne s’est pas rendu compte qu’il était en train de dire à tous les téléspectateurs qu’il avait un boulot de merde et qu’il serait ravi d’en changer au plus vite. Au revoir, au revoir Président ! Mais là où notre ami Jean-Jacques n’est pas finaud, c’est dans son fantasme. Fantasme il est vrai partagé par la majeur partie de ses congénères : le coup de l’île déserte.  Encore que je dis la majeur partie des Français, mais ça doit être réservé à ceux qui habitent les grandes villes. Le type qui habite dans la Nièvre ne rêve pas de vivre sur une île déserte, il y habite déjà ! Ah bah je m’excuse mais quand il faut prendre sa voiture pour aller prendre l’apéro chez le voisin… Donc dégénérés d’urbain que nous sommes, nous rêvons généralement d’île déserte. D’ailleurs la question récurrente « quels livres/disques/film/objets emmènerais-tu sur une île déserte ? » illustre parfaitement  mon propos. Ce qui est complètement con puisqu’il y a fort à parier que sur une île déserte il n’y ait ni électricité, ni eau courante, ni chauffage. Il n’y a qu’à voir dans quel état se retrouve rapidement les candidats de Koh Lanta, enfin ceux qui survivent plus de quelques heures, pour se rendre compte que la vie dans la nature n’a rien de féérique. Sur une île déserte il n’y a rien et surtout personne. C’est un peu le concept de l’île déserte. Alors Jean-Jacques, toi qui as fait des études, j’ai une question à te poser. Qu’est ce que tu foutrais de tes millions sur une île déserte si tu ne peux pas les donner à qui que ce soit pour acheter des biens ou des services ? J’ai bien une idée, je suis sympa, je te donne la solution, mais je ne sais pas si elle va te plaire, et je vais encore passer pour un type vulgaire :

 

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