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Cela fait des décennies qu’on nous annonce que le rock est mort. On va même finir par croire que Nietzsche n’a pas dit « Gott ist tot » mais « Rock ist tot ». Pour être sérieux deux secondes, la première fois qu’on a délivré l’acte de décès du rock’n’roll c’était pour évoquer l’accident d’avion tragique qui couta la vie à Buddy Holly, Richie Valens et à Big Bopper, le 3 février 1959. Voyez ça ne date pas d’hier. ? Ceci dit affirmer que le rock est mort en 59 est une absurdité sans nom. Mais comme vous le savez, les jeunes de nous jours ma brave dame ne savent rien. D’ailleurs leur réponse toute prête à la moindre question concernant un évènement ancien n’est elle pas «  J’en sais rien, j’étais pas né » ? Voilà donc que quatre jeunes garçons venus tout droit d’Irlande ont décidé de monter un groupe de rock alors qu’ils n’étaient même pas adolescents. Même si pour une fois, on n’a pas affaire à un groupe britannique, force est de constater que depuis Cavan en République d’Irlande, on regarde plus du côté de Londres ou des Etats Unis que de Maubeuge. Abreuvés depuis tout petits, c'est-à-dire quasiment avant-hier, par les sons de Docteur Feelgood, des Stones, des Yardbirds ou encore de Chuck Berry ou Bo Diddley, les Strypes sont devenus ces derniers mois les nouvelles coqueluches du petit monde du rock. Les Strypes ont été rapidement désignés comme un groupe de pub rock, ce qui est plutôt drôle quand on considère que ces ados âgés de 16 à 18 ans n’ont justement légalement pas le droit de pénétrer dans un pub.

Les Strypes après deux EP et de déjà très nombreuses prestations scéniques ont été adoubés par, excusez du peu, Jeff Beck, Noel Gallagher, Dave Grohl, Roger Daltrey et Paul Weller. Et ce n’est pas tout, Sir Elton John himself les a signé au sein de sa boîte de management pour défendre leurs intérêts. Voici donc Snapshot, le premier album de ces petits prodiges, qui font déjà passer pour un vieux de la vieille Jake Bugg, 19 ans au compteur et un deuxième LP à venir très bientôt, on en reparlera sur ce blog.

Alors qu’est ce qu’on trouve sur l’album des nouvelles stars ? Du Larsen et un rythme furieusement endiablé pour démarrer avec Mystery Man. Ça groove, la voix est déjà un peu éraillée, on n’a pas du tout l’impression d’avoir en face de nous un groupe de baby rockers. C’est du rentre-dedans, clair, net et précis, quelque chose que semblent incapables les groupes français, notamment ceux dont le nom commence par une double initiale. A peine remis de cette entrée en matière plus que musclée, on enchaîne avec Blue Collar Jane, leur premier grand et mérité succès. La suite du disque est de fort belle facture, avec l’hommage culturel et sincère aux valeureux anciens que sont Willie Dixon et Muddy Waters. Bref on a affaire à des petits mecs de 17-18 ans qui ont déjà une belle culture blues-rock chevillée au corps. Et c’est sans doute ça qui fait la différence avec l’immense majorité des groupes français. De l’autre côté de la Manche on est nourri de musique depuis le biberon, de toutes les musiques. Pour établir un parallèle parlant, en France on écoute Gilbert Montagné, là bas Steve Wonder. Notre plus grande vedette rock c’est Johnny. Tout est dit, Michel.

Mais revenons aux Strypes pour conclure ce billet. Ces gamins ont évidement un avenir brillant devant eux si les petits cochons ne les mangent pas. Ils ont déjà effectué un passage à Paris pour un concert au Point Ephémère en juillet dernier, ainsi qu’aux Eurockéennes de Belfort. Les gamins ont assurés comme des chefs et ont bluffé les sceptiques. Vu leur âge, ils risquent fort de plaire aux ados rockers de chez nous, au moins aux minettes, mais aussi aux vieux de la vieille qui en ont pourtant vu passer quelques uns. Sur TBR&R on a été conquis par ce très jeune quatuor irlandais qui, malgré la rentrée, n’est pas près de reprendre le chemin de l’école. Les Strypes seront en tournée au Japon en octobre et feront la première partie des Arctic Monkeys lors de leur tournée européenne en novembre et décembre. On retrouvera donc les Irlandais au Zénith de Paris les 7 et 8 novembre. Il reste des places seulement pour le 8. Non le rock n’est pas mort, et tant qu’on aura des gamins tels que les Strypes pour reprendre le flambeau, il n’y a aucun souci à se faire pour la suite.

 

Verdict :Jeune et joli coup d'essai

 

Snapshot, The Strypes, chez Virgin EMI Records, sorti le 9 septembre 2013.